Assimilation de la modernité & Nouveaux arrivants européens
Assimilation de la modernité
Lors de la prise de Tunis par les Espagnols en 1535, de nombreux Juifs sont faits prisonniers et vendus comme esclaves dans plusieurs pays chrétiens. Après la victoire des Ottomans sur les Espagnols en 1574, la Tunisie devient une province de l'Empire ottoman dirigée par des deys, à partir de 1591, puis par des beys, à partir de 1640. Dans ce contexte, les Juifs arrivés en provenance d'Italie joueront peu à peu un rôle important dans la vie du pays et dans l'histoire du judaïsme tunisien.
Nouveaux arrivants européens
Dès le début du XVIIe siècle, des familles d'origine hispano-portugaise, établies à Livourne à la fin du XVe siècle après leur fuite devant la Reconquista, quittent la Toscane pour s'installer en Tunisie, dans le cadre de l'établissement de relations commerciales. Ces nouveaux Juifs livournais, appelés Granas en arabe ou Leghorn en hébreu, se distinguent par leur niveau de richesse, plus important dans leur ensemble. Ces Juifs livournais se comptent en centaines alors que les Tunisiens sont certainement quelques milliers ; les Juifs dans leur totalité sont au nombre de 9 000 ou 10 000 individus au début du XVIIIe siècle, un peu moins au siècle précédent. Les actes du consulat de France à Tunis donnent un certain nombre d'informations sur ces Juifs livournais : ils parlent et écrivent le toscan, parfois encore l'espagnol, et constituent une élite économique et culturelle très influente dans le reste de la communauté italienne. Ils portent des noms qui rendent compte de leur origine ibérique : ce sont des toponymes espagnols tels que Calvo, Castro, Lara, Leon, Medina, Ossuna, Soria, Spinoza, Suarez et Valensi ou portugais tels que Cardoso, Luisada, Nunez et Silvera ; ce sont aussi des surnoms d'origine espagnole tels que Lumbroso (signifiant « illustre »), Franco (signifiant « généreux ») et Serrano (signifiant « montagnard ») ou portugaise tels que Carvalho (signifiant « chêne ») et Gateno (signifiant « champ »). Rapidement introduits auprès de la cour beylicale, ils exercent des fonctions exécutives de cour — collecteurs de taxes, trésoriers et intermédiaires sans autorité sur des musulmans — et des professions nobles dans la médecine, la finance ou la diplomatie. Même s'ils s'installent dans les mêmes quartiers, ils n'ont quasiment aucune relation avec les Juifs autochtones, appelés Twânsa, qui constituent la grande majorité de la population juive, à laquelle des Juifs du reste du bassin méditerranéen se sont assimilés, et qui parlent pour leur part le judéo-arabe. C'est pourquoi, contrairement à ce qui se passe dans les autres pays du Maghreb, ces nouvelles populations ne sont guère acceptées, ce qui conduit peu à peu à la division de la communauté juive en deux groupes. Dans ce contexte, les Juifs jouent un grand rôle dans la vie économique du pays, dans les métiers du commerce et de l'artisanat mais aussi dans le négoce et la banque. Malgré les droits de douane supérieurs à ceux payés par les commerçants musulmans ou chrétiens (10 % contre 3 %), les Granas parviennent à contrôler et faire prospérer le commerce avec Livourne. Ils y exportent des huiles, des savons, des laines, des peaux, des cuirs, de la cire, du miel et des boutargues et importent draps, soieries, toiles, sucre, épices et des matières premières pour la fabrication de la chéchia (laines fines, cochenille et alun) ; leurs maisons de commerce pratiquent également des activités bancaires de crédit et participent aux rachats des esclaves chrétiens capturés par des corsaires (revendus à profit). Mais ils ne sont pas les seuls à bénéficier d'opportunités : des Juifs tunisiens se voient concéder par les beys mouradites le monopole du commerce du cuir, qui est confirmé par leurs successeurs husseinites. Juifs livournais comme tunisiens travaillent dans le commerce de détail au sein des souks de Tunis, écoulant ainsi les produits importés d'Europe sous la houlette d'un amine musulman, ou dans le quartier juif. Les Juifs tunisiens, quant à eux, sont surtout actifs dans l'artisanat en tant que tailleurs, cordonniers ou orfèvres. Certains exercent des activités commerciales en tant que marchands tenant des boutiques ou en tant que colporteurs itinérants.
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