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Développement des communautés sous la domination romaine

Il semble qu'une fois la conquête romaine achevée, les Juifs parviennent à poursuivre la pratique de leur culte, tout en s'adaptant au contexte linguistique et culturel de la récente province romaine d'Afrique. De plus, en remerciement de l'appui du roi Antipater dans sa lutte contre Pompée, Jules César accorde aux Juifs un statut privilégié confirmé par la Magna charta pro Judaeis sous l'empire : le judaïsme devient la seule religion reconnue, en dehors du culte officiel.

Leur nombre croît rapidement, avec l'apport de milliers de Juifs exilés par le pouvoir romain pour avoir pratiqué le prosélytisme, à Rome notamment, où leur présence est attestée depuis la fin du IIe siècle av. J.-C.. Par ailleurs, la Première Guerre judéo-romaine, menée d'abord par Vespasien puis Titus, et qui culmine avec le siège de Jérusalem et la destruction du second temple en 70, conduit à la mise sur le marché de dizaines de milliers de Juifs comme esclaves, participant ainsi de leur dispersion, notamment en Afrique du Nord,. Ce processus se renouvelle à l'occasion de la répression de révoltes sous les règnes de Domitien, Trajan et Hadrien, que ce soit en Cyrénaïque — en 115-117 — ou en Judée, comme en 131-135.

Mais ce n'est qu'au IIe siècle que la présence des Juifs en Tunisie devient incontestable, grâce à l'existence de nombreuses communautés faisant preuve de prosélytisme et facilitant ainsi l'apparition du christianisme. Le plus ancien témoignage décrivant cette situation est l'œuvre de Tertullien qui évoque tout à la fois les Juifs et les païens judaïsants d'origine punique, romaine et berbère et souligne la coexistence initiale entre Juifs et chrétiens. Pour ce qui concerne la pratique religieuse, celle-ci voit se mêler lecture des Saintes Écritures en hébreu et en grec ancien et les cérémonies accueillent régulièrement des chrétiens et des païens qui se convertissent pour certains d'entre eux, d'abord en ne suivant que partiellement la loi juive (ger toshav) avant de voir leurs enfants se convertir totalement (ger tsedeq). Et le succès que rencontre le judaïsme pousse d'ailleurs les autorités à tenter de freiner les conversions par le biais de la loi alors que Tertullien rédige Adversus Judaeos (Contre les Juifs) où il défend les principes du christianisme.

À l'appui de ce témoignage sont venues s'ajouter des découvertes archéologiques comme celles d'une nécropole juive à Gammarth, au nord de Carthage, la capitale de l'Afrique romaine. Formée de 200 chambres creusées dans la roche et abritant jusqu'à 17 complexes de tombes (kokhim) chacune, elle a d'abord été considérée comme punique avant qu'Alfred Louis Delattre ne mette en évidence, à la fin du XIXe siècle, la présence de symboles juifs et d'inscriptions funéraires en hébreu, latin et grec. Par ailleurs, une synagogue du IIIe ou IVe siècle, a été découverte à Naro (actuelle Hammam Lif), au sud-est de Tunis, en 1883. La mosaïque couvrant le sol de la salle principale, qui comporte une inscription latine mentionnant sancta synagoga naronitana (sainte synagogue de Naro), atteste de la présence d'une communauté juive mais aussi de l'aisance de ses membres qui reproduisent alors des motifs pratiqués dans toute l'Afrique romaine, démontrant de fait la qualité de leurs échanges avec les autres populations. D'autres communautés juives sont attestées par des références épigraphiques ou littéraires à Utique, Chemtou, Hadrumète ou Thusuros (actuelle Tozeur).

La vie quotidienne des Juifs de l'Afrique romaine ne diffère pas de celle des autres Juifs de l'empire romain. Romanisés plus ou moins anciennement, ils portent des noms latins ou latinisés, parlent le latin — même s'ils conservent la connaissance du grec qui est à cette époque la langue de la diaspora juive — et portent la toge romaine. Les seules différences majeures, tel que le souligne saint Augustin au début du Ve siècle dans son Tractatus adversus Judaeos, résident principalement dans l'observation de préceptes religieux juifs — la circoncision, l'usage de la viande kasher ou l'observation du chabbat — permise par un statut favorable qui leur reconnaît des droits égaux à ceux des païens. Tertullien rapporte aussi que les femmes juives ne sortaient de chez elles qu'après s'être couvertes. De ces différences découlent la nécessité pour les Juifs de vivre en communauté afin de pouvoir pratiquer leur foi. Sur le plan intellectuel, les Juifs en raison de leur connaissance de l'hébreu, du grec et du latin font un travail de traduction pour les chrétiens, tout en pratiquant les études religieuses, le Talmud mentionnant un certain nombre de rabbins originaires de Carthage. Sur le plan économique, ils exercent divers métiers dans l'agriculture, l'élevage du bétail et le commerce.

Mais la situation se modifie radicalement lorsque le christianisme devient religion d'État par l'Édit de Constantin en 310. Les Juifs font alors l'objet de mesures discriminatoires et restrictives, parmi lesquelles l'exclusion de presque toutes les fonctions publiques et la punition du prosélytisme par de lourdes peines. Pour entraver davantage la diffusion de leur religion, il leur est interdit vers la fin du IVe siècle de construire de nouvelles synagogues ou, en vertu d'une loi de 423, d'entretenir celles-ci sans l'accord des autorités. Toutefois, ces différentes règles ne parviennent pas à affaiblir le judaïsme en Afrique romaine, qui se développe davantage, poussant ainsi les divers conciles organisés par l'Église de Carthage à recommander aux chrétiens de ne pas suivre certaines pratiques de leurs voisins comme chômer durant le chabbat.

 
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